Vendanges 2026 : « Y’en a un peu moins, je vous le mets quand même ? »


Cécile Mathiaud du comité des vins de Bourgogne sert notre collègue Charlotte Deley du Bien Public sous le regard de sa collègue Mathilde Paturaud.

Les vignerons comme les historiens sont d’accord : la Bourgogne n’a jamais vendangé aussi précocement qu’en 2026. Remontons à rebours le cours d’une année hors-normes.

Jamais deux sans trois

Dans le mâconnais c’est le 8 août que tombent dans les seaux les premiers raisins destinés à l’élaboration des Crémants de Bourgogne. Puis, quelques jours plus tard pour les vins tranquilles avant de ranger les sécateurs vers la mi-septembre. Une récolte exceptionnelle que la Bourgogne partage avec les autres vignobles français.
Aux Buvologues nous savons bien que l’on juge un vin une fois que le bouchon a sauté. Pour avoir vendangé une semaine dans quatre domaines viticoles différents nous savons déjà que la récolte sera en retrait en quantité : « -30% par rapport à la moyenne quinquennale » commente sobrement Michel Barraud, co-président du comité des vins de Bourgogne.

Mais nous savons que c’est parfois plus par endroits. Ainsi le vignoble de l’Yonne qui a subit gel et grêle, va surement connaitre une récolte inférieurement historique. Après deux années de petits récoltes, la règle du » « jamais deux sans trois » est de retour. La seule bonne nouvelle, c’est l’équilibre des jus malgré la richesse des premiers moûts sous le pressoir. Le tout combiné à des parfums aussi intenses que des couleurs denses.

L’année 2026 à la loupe

Laurent Delaunay détailles les chiffres de l’exportation 2025 aux côtés de Michel Barraud, son co-président

L’hiver très doux recharge les sols en eau

Les feuilles de la récolte 2025 se sont accrochées jusqu’à fin octobre. L’automne est bien humide avec des précipitations largement supérieures à la normale. Arrive un hiver météorologique très doux, avec un seul épisode de froid notable entre fin décembre et début janvier. Les pluies qui surviennent en février, assurent une bonne recharge hydrique des sols. Un capital « Eau » qui va être déterminant pour la suite…

Un débourrement sous la menace du gel

Les températures printanières et la météo pluvieuse de février enclenchent une reprise précoce du cycle végétatif dès la mi-mars. Le stade mi-débourrement est atteint en moyenne le 28 mars. Un indice : nous sommes proche du cycle de 2020, année très chaude… Pourtant le printemps est marqué par un front froid. Des gelées nocturnes freinent cette évolution et causent des dégâts, hétérogènes mais localement importants comme ou Epineuil. Le risque de gel impose aussi de longues nuits de veille aux vignerons. A partir de là commence un marathon qui va mettre les cours et les esprit en situation de stresse. Comme la vigne…

Une croissance intense sous la chaleur et le soleil

À partir de Pâques, le retour de températures supérieures aux normales relance fortement la croissance. Le printemps se prend pour l’été. Aussitôt tombée, aussitôt absorbée la pluie fait pousser la vigne. Le vent qui accompagne la chaleur assèche l’atmosphère et bloque le développement les maladies cryptogamiques. A fin avril, les vignes comptent en moyenne six feuilles étalées et les grappes sont déjà bien visibles, avec près de 20 jours d’avance sur la moyenne des vingt dernières années. Un rafraîchissement début mai calme brièvement le rythme. Quelques épisodes de grêle touchent ensuite localement le vignoble, principalement sur le feuillage.

Une floraison éclair

Après la mi-mai, la chaleur intense entre en scène. Couplées à des sols encore frais, ces conditions favorisent une floraison extrêmement rapide : les premières fleurs apparaissent le 22 mai, pour un stade mi-floraison atteint dès le 27 mai dans l’ensemble du vignoble. Début juin, les baies sont déjà visibles dans les parcelles les plus précoces. Les viticulteurs constatent alors d’importants phénomènes de coulure, notamment sur les cépages blancs, avec des pertes de rendement parfois conséquentes. L’alternance d’un épisode de froid pendant les Saints de Glace suivi de fortes chaleurs à la floraison favorise cette situation.

L’ambiance était studieuse pour la quinzaine de journalistes présents à la grande messe des vendanges

Les canicules s’emballent

Que l’on nous pardonne cette contrepartie de carabin. Cela détend de rires des sujets sérieux.
Le mois de juin contribue à une évolution plutôt rapide des baies, avec une végétation dynamisée par la chaleur et l’eau emmagasinée dans le sol. Quelques orages traversent la région mais avec des cumuls très variables. À partir du 17 juin, nouvel épisode caniculaire, avec des moyennes autour de + 8°C. Les 35°C sont fréquents, avec des pointes proches de 39°C à l’ombre. Les nuits restent très douces, les rares pluies fondent au soleil car l’ensoleillement est exceptionnel (13h30 / jour !). Après quatre mois de déficit pluviométrique (- 44 % en moyenne), les sols s’assèchent nettement en surface.

Sale temps pour les jeunes vignes !

Des symptômes d’échaudage et de stress hydrique apparaissent sur les sols superficiels, les jeunes vignes et les secteurs les plus exposés. Les vignes plus âgées résistent mieux. Fait exceptionnel, les premières baies vérées apparaissent fin juin. La chaleur persistante de juillet ralentit pourtant la véraison, tandis que la sécheresse freine le grossissement des baies. A la mi-juillet quelques orages de grêle localisés éclatent comme à Marsannay.

Certaines parcelles connaissent des blocages temporaires du cycle végétatif. Quelques orages localisés permettent finalement aux baies de regonfler dans certains secteurs mais très localisé. Autre bonne nouvelle, l’état du vignoble est particulièrement sain, sans aucune maladie. Les vignerons n’ont pas été fatigués par les traitements. Entre quatre et sept, la moitié d’une année « normale ». Chaleurs et vent ont servis de médecine naturelle à la vigne. Rassurés par la qualité prometteuse les vignerons n’espèrent plus que des pluies pour donner plus de jus et affiner une maturation optimale mais pas trop de degrés.

un été très chaud

Les radars météo sont devenus fous !
Vous pouvez en consulter trois à la fois, la pluie annoncée ne vient pas. Et quand miracle, il pleut, ce n’est que pour « mouiller la poussière… » La nouvelle canicule qui s’installe début août accélère considérablement la maturité avec une conséquence spectaculaire : le Mâconnais donne les vendanges 2026 débutent le 8 août. Suivi dans la semaine par le reste de la Bourgogne. Ces vagues de chaleur amèneront une récolte bien en deçà des 100 à 90 jours habituellement observés après la floraison. Nombre de producteurs achèveront leurs vendanges avant la fin août. Une récolte 100% aoutienne de quoi devenir martien !

Les vins des présidents du Comité, Bourgogne Hautes-Côtes de Nuits rouge, Mâcon-Villages et Saint Véran 2026 servaient d’exemples vivants de la récolte 2026. Une excellente idée à reconduire !

Paroles de vignerons

Tout au long de ces vendanges qui se sont étalées sur cinq semaines nous avons eu le temps de rencontrer les producteurs. « J’ai fait la danse de la pluie mais elle est pas venue… On a du degré ! » constate amère Laurent Cognard de Montagny qui avait attendu le 20 août pour couper ses Montagny. La fin de la récolte va lui permettre de revenir à des degrés normaux.

Aux Hospices civils de Beaune, Ludivine Griveau-Gemma, la régisseur engage la récolte au 10 août avec son Pouilly-Fuissé. Ses mains deviennent violettes dès les premiers jours. Le pinot affiche le costume violin épais de la syrah. Vu d’en haut on dirait qu’elle pige des myrtilles !

A la table de tri de Cyprien Arlaud en Côte de Nuits, les fortunes sont diverses. Les Hautes-Cotes de Nuits sont splendides et les grappes idéales. Les grappes de Gevrey et Morey sont plus petites sans être millerandées. Le pépin craque comme noisette sous la dent. Le rendement des grands crus sont très bas mais avec un potentiel tannique haut.

« J’ai pigouillé avec mes mains pour faire comme un micro-bullage » nous raconte Mathieu Roux de Saint Aubin. Au delà de la date de vendange, le vigneron devra être bon vinificateur. Si le Dr Chaptal n’a pas à se déplacer monologue va devoir ressorti le carnet d’acidification. Au pied de son pressoir de Rully « Maizières » Fred Gueugneau fait le bilan « Dans la partie haute j’ai 10hl/ha dans la bas 50 (…) En bio, la moyenne est pas si mal. » La bonne surprise viendra de ses Aligotés dans les terres argileuses de Mercurey qui affichent un inattendu 65 hl/ha. Dommage que ce ne soit pas du premier cru…
Il faudra attendre l’estimation de récolte réalisée à la mi-novembre sur 500 producteurs témoins pour avoir une idée des rendements réels.

Guillaume Baroin

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