Les vins de la Maison Piron ont été sélectionnés à plusieurs reprises dans plusieurs dossiers. Il était temps de faire une halte au pied de la Côte du Py!
De Dominique à Julien
Pour faire simple, l’histoire de la Maison Piron prend un tournant vers 2013, lorsque Julien Révillon s’associe à Dominique Piron. La bascule s’opère entre 2019 et 2020 lorsque Julien passe de majoritaire à seul aux commandes du navire Piron. Dominique de son côté se focalise sur son domaine du Vieux Bourg situé à Corcelles-En-Beaujolais. Lors de notre entretien, Julien reçoit justement un appel de Dominique pour des questions techniques. Le cordon entre eux n’est heureusement pas totalement coupé.
Le parcours de Julien se retrouve sur un précédent portrait des Buvologues (lire MORGON, PORTRAITS DE LA COLLINE : JULIEN REVILLON) Aujourd’hui, Julien nous attend de pied ferme avec son responsable technique. Après un diplôme d’œnologue validé à Montpellier, Pierre Meunier intègre la maison Piron en 2016. Il est d’abord en charge des mises et des assemblages. Puis il collabore de concert avec Julien. Tous deux nous « kidnappent » toute la journée… pour notre plus grand plaisir.

« Small is Beautiful ?«
Julien n’est pas du genre à se cacher derrière une parcelle en propriété. Il assume et aime son métier : « Je suis fier du métier de négociant-éleveur ». Son regard est objectif sur le marché du Beaujolais. On pense à l’effet loupe de certains micro-domaines qui masque la foret. Mais la réalité est ailleurs. Derrière le coup de projecteur, beaucoup de ces exploitations peinent à trouver un équilibre. Il se méfie du « Small is Beautiful » et nous rétorque « Ce qui est dur, c’est de faire bon et du volume. J’ai du respect pour Guigal ». Durant l’entretien, Julien va répéter deux ou trois fois ce slogan en caractère gras, comme pour s’en convaincre.
…La réalité est autre. Vendre un parcellaire de Beaujolais, ce n’est pas un Bourgogne…
Julien Revillon
Un passage en cave
Une descente en cave et une montée sur les hauteurs de Villié-Morgon, direction Saint Jospeh. Voici le programme de la journée. La pipette de Pierre Meunier ne va pas chômer. Pour autant Julien Révillon n’est jamais dans l’excès, mais il partage sans compter son amour pour le gamay. Dès le premier fût dégusté, il se hâte de goûter le suivant. Le regard s’illumine, et derrière cette bonhommie de surface, on sent que l’animal peut surgir à tout instant. En fait lorsque Julien a une idée en tête, il va jusqu’au bout. C’est sans doute cela la clé de sa réussite.
Impatient, mais patient
A l’opposé sur certaines cuvées, il prend tout son temps. Sa cuvée « Javernières » dont il nous avait fait la primeur lors de WineParis 2023, patiente encore en cave. Julien dans un rire étouffé lance : « nous n’avons pas encore les étiquettes! » Mais la vérité est ailleurs.
Les cuvées d’exception ont un traitement bien particulier. La maison Piron jongle avec brio entre petites et grandes cuvées. On parle ici de volumes répartis entre 25ha d’achats et 25ha d’exploitation. Julien privilégie toujours la qualité du raisin sur l’origine.

On boit les vins, on sauce les assiettes
Julien est un épicurien. Une passion intarissable pour les vins que l’on confirme en passant devant sa bibliothèque. On est attendu en cuisine avec les merveilles de la charcuterie Martins à St-Etienne-les-Oullières et une entorse à Bobosse avec les andouillettes de la maison Braillon. Julien retrouve derrière les fourneaux une appétence pour la transmission. A table, une valse de grands crus bourguignons intercalés malicieusement avec des Morgon(s) maison. Le bonheur est là. Dans l’effacement des hiérarchies. D’ailleurs, les bouteilles qui se vident le plus rapidement ne sont pas toujours celles que l’on pense.
Un site internet complet et marchand vous attend, mais nous vous recommandons vivement de faire le déplacement.
Reportage, dégustation & photographies,
Stéphane Débarbouillé![]()

Millésime 2022
Par manque de temps, la dégustation s’est déroulée en deux temps.
Première série dégustée le 27/04/2024
Chiroubles
Vinifié depuis 2015, ce vin respire haut et fort. La fraise d’abord, puis des groseilles. Le fruit se mêle a des pétales de roses. La bouche est légèrement cendrée. 12€
Beaujolais-Lantignié « Fructus Agapé«
Coup de 
Une cuvée à part, une étiquette singulière. Ce gamay propose un nez profond sur le poivre. Un terroir fort en caractère. Puis la bouche s’étire avec précision. La patience sera récompensée. Un Beaujolais-Villages cher à Julien Révillon. On valide. 14€
Fleurie
Réunion de deux parcelles. Au nez, on retrouve les marqueurs de fruits rouges, d’épices. Une fraise fraîche tout juste mûre. C’est la saison des gariguettes. Un vin aérien des plus digestes. La bouche est une caresse et enrobe le palais. 16€
« Je ne fais pas de différence entre mon exploitation et mes achats » Julien Revillon
Morgon « La Chanaise«
Issue en partie du lieu-dit « les Micouds », cette cuvée d’assemblage est un patchwork de Morgon. Le fruit est immédiat, la bouche racée et sérieuse. Un vin plein. Ce Morgon s’impose avec de l’énergie. Une belle carte de visite. 13€
Morgon « Grands Cras«
Nez floral avec des notes de jacinthe, on fleurte avec un tapis de prairie. Le nez reste élégant. La bouche rappelle une pâtisserie aux fruits, suaves et compotés. 17€
Morgon « Les Charmes«
On plonge les nez dans les fruits, au plus prêt du noyau. Celui d’une belle cerise. La bouche le tient jusqu’au bout avec une belle acidité. Elle est vive et longue. 17€
Morgon « La Côte du Py »
Un vrai dessert au nez avec des petites baies noires. Une explosion sur le palais. On sent la pierre bleue avec un jus pur et droit. Une macération de 3 semaines encadre une structure sérieuse. Une finale mentholée et poivrée relance la machine. 22€
Moulin-à-Vent
Le nez est plus chaleureux. Les fruits sont confits et épicés. Du poivre plein pot. La bouche est plus austère et concentrée. Les tannins sont marqués. Un vin qu’il faut impérativement oublier en cave. Après aération , le fruit gagne en précision. Patience. 18€

Seconde série dégustée le 19/05/2024
Viognier, IGP comtés rhodaniens
Nez discret d’agrumes sur une roche mouillée. Un fruité discret avec une pointe florale. Une bouche aux doux amers et droite. Cette cuvée ne tombe pas dans le viognier exubérant. Ici, on imprime le granite de Lantignié. Parfait pour « désoiffer » ou lancer les hostilités. 12,50€
Brouilly
Nez profond et dense sur les fruits noirs. La bouche est du même calibre avec des notes épicées. Un vin énergique, mais associé a des tannins encore accrocheurs. Une fine note végétale clivante. Un Brouilly de terroir. 14€
Morgon « Séve primaire »
Cuvée issue du secteur de Corcelette. Un joli fruit entre cerise et framboise. Une bouche fraîche et digeste tenue par une belle acidité. La bouteille se vide vite. Un vin juteux et immédiat. 17€
Fleurie « La Madone »
De la cerise croquante, on passe à la fraise ds bois. Le nez est élégant et la bouche classieuse. Des tanins pour le moins envoûtants. Une matière onctueuse. On atteint déjà une forme de plénitude. Un vin intemporel. 55€
Enfin, un intrus dans la série, nous rappelle que la Maison Piron commercialise toujours en décalage quelques cuvées à point. Certaines cuvées méritent notre patience.
Morgon « Aux Pierres » 2016
Coup de 
Une robe intense et sombre.. Le fruit est confit et sauvage. Le genre de bouteille à carafer. Le nez se livre à peine et a déjà tant à raconter. Puissance et fraîcheur se retrouvent en bouche. Effet mentholé et relevé en finale. Grand vin à boire aujourd’hui et pour longtemps. 44€

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