Les Buvologues vous emmènent à la rencontre de producteurs « Coup de Coeur » découverts dans notre dossier consacré aux vins rouges du Jura.
le « pas local de l’étape »
« Être né quelque part, pour celui qui est né, c’est toujours un hasard… » fredonne Maxime Le Forestier.
Eric Thill est né un 10 octobre 1982 à Colmar. Alsacien jusque dans les études, après son Bac agricole il poursuit par un BTS Viticulture-Oenologie à Rouffach. Il passera par la case apprentissage chez Charles Spar à Sigolsheim puis chez Clément Klur à Katzenthal. Pour aller plus loin, il met le cap au sud.
Une licence professionnelle à Agrosup Montpellier et un Master 1 à Avignon. Il enchaîne avec un Master 2 à Jules Guyot à Dijon. C’est lors de son dernier stage à Changins en Suisse qu’il rencontre Bérangère. Tout deux partagent la même sensibilité écologique… Elle deviendra sa femme. Cette dernière est chargée de mission sur la qualité de l’eau sur la communauté de commune de Lons-Le-Saunier. Ils achètent leur maison à Trenal en 2009. Ils deviennent jurassiens.
Et ce n’est pas par hasard…
Après les vendanges la cuverie est pleine comme un oeuf
double naissance
2009 marque une double naissance : celle de leur fille et de l’installation officielle d’Eric comme jeune vigneron. Les frères Bernard, polyculteurs arrêtent leur exploitation basée non loin de chez eux, à Gevingey. Eric et Bérangère reprennent 2,70 hectares. 2012 sera leur première année de conversion. La certification biologique
est actée en 2015. Le label biodynamique
arrive en 2021. Après un tour des bâtiments d’exploitation, la conversation file autour d’un verre. De rouge forcément !
Eric est du genre « à parler pour dire quelque chose ». Nous sommes tout ouïe.
le cépage au coeur de la réflexion
La discussion s’active autour de sujets environnementaux et de l’encépagement. En 2022 il a planté à deux mètres sur vingt ares un « Fourre s’y tout » de cépages résistants. Pas très jurassiens mais très réfléchi. En blanc, le Sauvignac et le Seyval. En rouge, pinotin, Maréchal Foch, Léon Millot (un cépage créée en 1911 à Colmar, tiens, tiens). Chaque région à besoin d’un précurseur, « un cépagiste » comme nous le nommons. Pourtant « Je ne suis pas un fana du travail du sol » reconnait celui qui exploite désormais 5,80 hectares. Oui mais Eric sait ce qu’il plante et où il le plante. Rendez-vous quand la production sera en bouteille.
Chez Eric, la cave se situe à l’étage
Cohérence locale
Vous aurez compris que prendre l’avion pour vendre son vin, ce n’est pas sa vision du métier.
Pourtant, il vend plus à l’export qu’en France. Norvège, Etats-Unis, Italie, Allemagne sont ses principaux marchés. Mails il commercialise quand même en France 40% des 16 à 17 000 bouteilles produites par an. Vous les trouverez chez les cavistes et les restaurateurs. Si Eric produit plus de vins rouges que la moyenne jurassienne, 60% des cuvées sont blanches. Il a choisi d’élever son vin jaune en fûts d’acacia et de châtaignier du Jura : « On doit faire du local » nous explique t’il. C’est cohérent avec le discours.
Et l’homme voit aussi grand que ses envies.
Cette année, en 2025, il doit débuter une association avec un ami formateur. Plusieurs projets sont dans sa tête : une diversification à court et moyen terme mariant l’animal au végétal. Mais aussi augmenter la surface de vignes. Et dans la foulée agrandir sa cuverie. En achetant ses vins, vous achetez aussi une vision écologique de produire du vin.
Et en plus du bon !
Reportage & photographies,
Guillaume Baroin![]()



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