Nous avons emmené notre abonné déguster non pas chez un producteur mais chez les 33 membres des Artisans Vignerons de Bourgogne du Sud. Mode immersion!
La ripaille de Rippert
Conduit par notre dégustateur du jour nous arrivons pile pour l’ouverture du salon. A dix heures du matin le parking est déjà plein au trois quart! Un signe de succès qui ne trompe pas pour nous qui venons depuis la première édition en 2007. Petit changement, l’alambic n’est plus là. Adieu, le saucisson au gêne et ses patates chaudes qui réchauffaient l’intérieur des estomacs d’automne! C’est un mal pour un bien.
Cette année le repas est offert aux professionnels. Des jambons à la broche bien relevés par un sauce dont le maître-queue Denis Rippert à le secret. Et de fondantes pommes de terres grenailles qui fument quand elles glissent dans l’assiette. Mais le solide sera pour plus tard…
Place au(x) liquide(s)!
les lumières ne sont pas allumées mais le salon est bien ouvert !
Denis L’éternel
Le carnet de dégustation du salon rend dès la première page tournée un hommage à un vigneron génial trop tôt parti: Denis Jeandeau (Lire Dégustation de vins du Mâconnais : Denis JEANDEAU). Il a fait partie des fondateurs de cette association de vignerons du mâconnais. Son rire communicatif, son énergie débordante et ses chardonnay bourrés de vie resterons à jamais gravés dans nos mémoires. Son ami, Nicolas Rampon, a pris la suite pour mettre en bouteille ce millésime qui sera le dernier : 2022. Nous lui consacrerons un article spécial l’an prochain.
« Monsieur Athenaeum »
Notre partenaire de double du jour s’appelle Vincent Clément. Il est, selon la formule consacrée depuis 2009, l’heureux propriétaire de ce qui est selon nous, la plus belle boutique de vins ET de livres de Beaune (21): L’ Athénaeum. Une institution pour bons vivants cultivés. Presque aussi célèbre que le mur qui lui fait face, celui des vénérables Hospices de Beaune.
vincent met enfin un visage sur une étiquette qu’il a parfois effleuré, celui de la famille barraud
le choix du coeur
Vincent, 47 ans, chalonnais de naissance, a ravit ce commerce historique aux entrepreneurs locaux. Quand il a su qu’il était en vente, il s’est positionné et n’a pas hésité à vendre sa chaine de magasins de vêtements. Ce n’est rien de dire que depuis son acquisition, seul le toit n’a pas bougé. La cave abrite plusieurs milliers de références parmi ce qui se fait de plus recherché en matière de vins de Bourgogne. Mais aussi de vins d’ailleurs. Des vins de tout types pour types avec ou sans poils. Cet éclectisme, il l’a enrichi d’un site internet créé avec deux amis. Et uniquement dédié aux vins en magnum : www.magnumdevin.com
Aujourd’hui, il vient débusquer de nouvelles étiquettes, rencontrer les producteurs qu’il distribue en espérant secrètement qu’une rencontre vineuse fera battre son coeur plus vite…
première halte
« On fait les blancs et les rouges? » m’interroge l’oenophile. »Non, les blancs et après les rouges… puis on repasse aux blancs! » Comme je lui avais « vendu » les vins du Domaine Barraud qui étaient justement à notre Une du jour, le premier verre fût le Mâcon-Vergisson « Sur la Roche » 2022. D’entrée, en bon professionnel il questionne, interroge Anaïs la vigneronne. Puis c’est autour de son frère Julien. Une fois la gamme goutée, il crayonne son carnet et lance doucement : « Les Pouilly-Fuissé « En Buland « et « Châtaigniers » j’aime bien leur équilibre… » Echange de cartes. On passe à la table voisine.
elle assure aux commentaires comme au sourire, lili saumaize-michelin
Justement celle des voisins directs des Barraud dans le village, la famille Saumaize-Michelin. « J’ai entendu parler de vos vins, je veux bien un petit brief sur le domaine… » Lili Saumaize s’exécute. Et la jeune vigneronne d’expliquer l’histoire de sa famille et l’élevage « pas plus de 10% de fûts neufs ». Vincent se fait dérouter par des visiteurs qui le connaisse. Revient deux vins plus tard au même endroit. Il suit. Et n’en perd pas une goutte.
table ronde, vins carrés
Au centre de la grande salle du château d’Hurigny, une large table ronde accueille un buffet de vieux millésimes de différents contenants. Nous y entraînons un Vincent moyennement convaincu… Les bouteilles défilent comme les millésimes car chacun se sert à son rythme.
Un Pouilly-Fuisé 2003 retient son attention tandis que je fais changer un magnum bouchonné (mais déjà entamé au tiers!) Notre binôme, agrémenté d’un vigneron qui est venu livrer du vin à Vincent s’enthousiasme pour un Mâcon-Vergisson 2016: ciselé et aérien comme une dentelle de calcaire. Du coup, nous nous amarrons chez Jacques & Nathalie Saumaize, le frère du précédent.
vincent découvre les rouges d’un drôle d’oiseau de passage, julien frappa
le temps de la table
Passé un arrêt technique, l »heure creuse arrive.
Celle de remplir le corps de solide. L’assiette cochonne de Denis Rippert nous ragaillardit. Vincent ne nous a pas attendu. Il s’est lancé sur les rouges. « Ils m’appelaient! » dit dans un sourire cet amateur de rouges fins et textures. Nous terminons ensemble les rouges de Julien Guillot avant d’être bluffé par le Pouilly-Fuissé « Les Croux » 2020 qui fait l’unanimité du trio.
Le trio reste dans la famille avec les vins d’Emmanuel Guillot-Broux qui nous raconte ses mésaventures pré-vendanges 2023. Durant ses vacances estivales le somnambule s’est pris pour un funambule.
Et s’est réveillé six mètres plus bas avec assez d’os brisés pour jouer aux osselets. Il peut vraiment dire qu’il a récolté 2023 dans un fauteuil. Un verre de Mâcon-Cruzille plus loin et voilà le toujours jeune Romain Cornin. Le fond est là mais l’automne n’a pas encore digéré la récente mise en bouteille des 2022 avant vendanges.
les vins de frantz chagnoleau, une découverte pour notre buvologue
… et le miracle eu lieu
Le crachin extérieur se mêle à la nuit tombante.
Nous traînons encore, avides d’échange et de rencontres. Je pousse notre dégustateur à rencontrer Frantz Chagnoleau. Le regard de Vincent se plante dans le mien « Genre : tu as goûté ça?! » Oui et nous sommes d’accord, c’est de l’or liquide. Un jeune enfant qui fera un bel adulte. Nous avons bien fait de le pousser du col… Vincent est en émoi.
C’est sûr, des consoeurs de ce Pouilly-Fuissé « Pastoral » 2022 seront bientôt présentes dans les rayonnages de l’Athénaeum. A côté de références blanches qui valent plusieurs fois son prix.
Le consommateur que cache le caviste à compris le buveur que cache le journaliste. La vérité se retrouve toujours dans le fond de la bouteille.
Vide de substance mais pleine de joies.
Reportage & photographies réalisés le 13 octobre 2023 à Hurigny (71),
Guillaume Baroin![]()






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