Qu’est-ce que le goût d’antan? C’est la saveur d’un Beaujolais authentique. Avant que le Beaujolais Nouveau ne lisse l’expression de ses terroirs avec ses « Fiches Cuisine ». Le tout en devenant dans le même temps un vin star planétaire grâce à cette saveur formatée.
Un paradoxe qui n’appartient qu’au Beaujolais mais qui aujourd’hui est derrière lui.
Nouvelle et ancienne génération l’ont bien compris. Le gamay doit mettre en avant sa « buvabilité » naturelle. Alors on arrête les levures « bananes » (il en reste encore un peu quand même!) , je te mets une pincée de soufre voire pas du tout. Idem pour la filtration. On en fait moins pour boire plus.
Bref, la tendance est de mettre du fruit en bouteille au plus près du raisin.
Mais dans une vendange froide terminée fin septembre, début octobre avec des petits degrés et des raisins pas toujours mûrs. Et derrière une année de vignes qui a malmené les vignerons (gel intense, grêle, mildiou…) il faudra que l’amateur aille chercher autre chose que le caractère primesautier du gamay.
Cette année le « vin de goût » va prendre le pas sur le « vin de soif ».
Et cela n’est pas pour nous déplaire!
Guillaume Baroin
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COMME DERRIÈRE UNE ÉTIQUETTE SE CACHENT DES HOMMES ET DES FEMMES VOICI NOS QUATRE PORTRAITS EN BEAUJOLAIS
DOMAINE DUPRé GOUJON 
« Vinicolement vôtre »
A gauche, le grand blond avec des bottes fourrées. A droite, le petit brun avec la barbe fournie. Guillaume et Sébastien se sont rencontrés sur les bancs du lycée de Bel-Air dans des classes « ennemies ». Une rivalité qui s’est finalement transformé en amitié. Comme dans la série « Amicalement votre » ils sont complémentaires et même temps ont des valeurs communes. Sebastien travaille sur l’amont. Comprenez vignes en coteaux et en agro-écologie. Guillaume opère sur l’aval. Comprenez que c’est lui le responsable du « Suivi Avale Qualité ». Vendanges entières, levures indigènes puis de longs mois en tonneaux bourguignons d’occasion jamais neufs.
Les compères
Les potes ont fait du chemin depuis que nous les avons découvert avec leur 2017. Déjà 20 000 bouteilles produites par an et presque 16 hectares de cultivés. Guillaume est fier de nous dire que les 4,5 hectares de chardonnay sert à livrer d’autres copains viticulteurs. D’ailleurs en voisin de terroir, Romain Jambon est venu taper l’incruste avec des boutanches. Leur primeur est le premier vin certifié bio. Il n’en n’ont produit que 1500 flacons. « On fait du primeur pour le boire » dit Guillaume dans un sourire complice à son compère.
On vous confirme que c’est le cas.
L’anecdote
Le duo a convaincu un couple de Danois (les habitants du Danemark pas les chiens) d’acheter une maison sur le Mont Brouilly et de leur louer la cuverie attentante. En échange ils font un vin à partir de leur hectare de vignes.
Le petit +
Une distribution importante dans les bars à vins, les cavistes et les restaurants. Bref, partout ou ça canonne…
Dans leur Beaujolais-Villages Nouveau la robe bourguignonne du pinot illumine le calice. Des parfums finement grillé et floraux viennent à l’aération. Il faut dire que le vin été mis en bouteille hier! Le fruit du gamay est sincère, direct, facile d’accès. Vraiment à l’image de ses deux pères.
11€ la bouteille chez leurs amis cavistes et restaurateurs. Adresses sur demande : www.dupregoujon.fr

404, Montée de l’écluse – 69460 ODENAS
ANTHONY CHARVET
« Elevé sur et sous terre »

Anthony Charvet nous montre les cuvées produites dans les qvevri enfouis sous ses pieds (Photo G.Baroin ©)
Un fois l’anonymat de la dégustation révélé nous nous rendons compte que c’est le premier vin d’une série de 98 que nous avons adoré. Pour une fois le premier n’est pas le dernier. Le nom nous parle car ils sont plusieurs Charvet vignerons en Beaujolais. Sur l’étiquette le dessin d’une jarre en terre cuite nous interroge… Il faut aller voir ce vigneron qui élève plusieurs cuvées en qvevri, le récipient des premiers vins du monde utilisé il y a plus de 6000 ans.
La terre et le raisin
A Chiroubles, quatre qvevri de 320 à 650 litres ont remplacé une cuve en ciment. Anthony n’y fait qu’élever ses vins. A voir juste à coté le pressoir à cliquet avec cage en bois, on pense tout de suite aux Beaujolais dit « Natures » Mais Anthony réfute cette étiquette : « Je filtre au kieselguhr et je sulfite mes vins. Je ne suis pas en bio et n’adhère a aucun label. Mai soi je travaille dans ce sens.« On comprend qu’avec quatre hectares sur trois crus et un beaujolais il n’a pas le droit à l’erreur économique. Le qvevri c’est sa différence. Mais tous ses vins ne passent pas en jarre. Selon Anthony, « Il n’y a pas un meilleur vin pour tout le monde, mais plutôt un vin à chacun. »
A vous de vérifier.
L’anecdote
Ce n’est que la seconde année qu’Anthony fait macérer dix jours et élève son unique primeur en qvevri. Sa cuvée « Terra Terre » y passe plus de 200 jours!
Le petit +
Il vous reçoit sur rendez-vous dans un caveau vintage aux allures de nichoir à bouteilles.
Son Beaujolais Nouveau « Beaujolais Beau » affiche une robe au carmin brut et profond. Le nez de prune fraîche happe le nez. un tannin soyeux lui confère une bouche tendre. On peut le boire comme attendre le printemps.
8€ la bouteille au domaine (06 50 07 25 01) et chez les cavistes et les restaurateurs

2295, route de Chiroubles – 69115 CHIROUBLES
DOMAINE SOPHIE & GUILLAUME JONCY 
« VIGNERONS PAR NATURE »

« Jovial » Voilà l’adjectif qui définit le mieux ce vigneron attachant de Quincié-en-Beaujolais (Photo G. Baroin ©)
Avec un bon quart d’heure Beaujolais de retard, nous nous présentons (avec des excuses) au vigneron qui vient à notre rencontre. Guillaume Joncy à la poigne de celui qui tient le sécateur. L’écolier qu’il était est fait pour l’école de la vigne. Il se forme à la maison familiale et rurale de Charentay en Beaujolais. Hormis une escapade au champagne Moutard ses expériences seront seulement locales. Dès ses 18 ans il s’installe. Très tôt il se marie avec Sophie, de neuf jours sa benjamine. Elle quittera son métier de DRH en informatique pour venir seconder son mari.
Déjà vingt millésimes au compteur
Son père lui laisse les clefs. Alors que beaucoup divisent les surfaces lui en prend plus. Il veille désormais sur 30 hectares dont trois sont en cours de plantation. Les vignes sont certifiés bio depuis 2020. « J’ai fait dix-sept passages cette année mais avec des doses divisées par deux. Je finis avec moins de 3 Kg de cuivre/ha. Au final je fais une production normale » se félicite le vigneron. Mais assez parlé, l’homme à soif.
Soif de nous faire redéguster ses primeurs et d’autres cuvées aussi. « Pendant la semaine du primeur je vais voir mes clients ». Retrouvez-le à sa cave dès le 18 novembre et vous serez sûr que le tire-bouchon va fumer.
L’anecdote
Enfant, Guillaume cachait le sécateur de son père dans son cartable et taillait les vignes autour de l’arrêt de bus. Si c’est pas cela avoir la vigne dans le sang…
Le petit +
Des cuvées importantes en volume notamment en Beaujolais-Villages lui permettent d’exporter comme d’être présent sur de nombreuses tables.
Le Beaujolais Nouveau « Cuvée des Copains comme Cochons » est plus violine que rose. Les fruits rouges mûrs sont là. Le goût aussi. Un vin savoureux à la finale dynamique. Ça va découenner sec! 7,50€ la bouteille.
Le Beaujolais-Villages Nouveau « Fanchon » est une cuvée qui exhale la violette sous un jus couleur… violette. C’est ferme bien assis sur le muscle des vieilles vignes.
8,50€ Au domaine, chez nos amis cavistes et magasins Biomonde

249, Route du Chavagnon – 69430 Quincié-en-Beaujolais
JEAN-FRANCOIS PEGAZ

« Vigneron zélé »

Le bras aussi droit que le regard Jean-François Pégaz vous invite a un voyage initiatique en beaujolais (Photo G. Baroin ©)
Par ou commencer? Comment parler d’un vigneron qui ne met sur pause que quand il mâche le saucisson où boit un coup? Jean-François a commencé par faire des études solides tout en faisant son tour de France. Jugez plutôt : BTS à Rouffach en Alsace, licence pro à Bordeaux et enfin diplôme d’oenologue à Montpellier. Après cinq années comme responsable de la cave d’expérimentation d’Inter Rhône, il passe une année vigneronne en Australie. Suivront une autre année en Nouvelle-Zélande et huit mois au Chili. Ouf!
Un baron de l’oenotourisme
Le jeune homme a beau avoir la bougeotte et de quoi trouver sans problème du travail, il choisit de racheter la vigne à sa tante et son oncle en 2015. Il agrandit le vignoble, embauche et développe la vente en bouteille. Et coche toutes les cases de l’oenotourisme : gîtes, caveau de dégustation, salles de réunion pour entreprise, concerts en plein air. Et enfin un original musée de la bouteille. Il bouscule les tradition en les revisitant. « On a des visn qui collent à notre personnalité ». Son grand-oncle, féru de Jean Gabin, utilise le film « Le Baron de L’Ecluse » pour rebaptiser son domaine situé sur le lieu-dit « L’Ecluse ». En 2018 Jean-François s’associe à la restauration du film en noir et blanc. La boucle est bouclée. Mais l’écluse reste ouverte.
L’anecdote Jean-François livre chaque année deux tonneaux de son primeur à un restaurateur parisien qui les met en perce pour le déblocage.
Le + Une table de pique-nique avec vue imprenable à 180 degrés sur le vignoble et les Alpes à l’horizon.
Son Beaujolais Nouveau « Plaisir de Pégaz » est un vin vinifié sans sulfite. le vigneron a intégré une semi-carbonique dans sa base pré-fermentaire à chaud. On a beau pas être fan des « MPC » mais là on aime. Sa robe noire-bleue profonde comme une syrah respire la quetsche mûre. Suave en tannin et droite en bouche sa persistance est celle d’un fruit mature.
7€ la bouteille au domaine sur www.barondelecluse.com et dans les cafés hôtels et restaurants sur Lyon et Paris.


Montée de l’Ecluse – 69460 ODENAS
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