A la suite de notre dossier consacré aux Côtes du Vivarais, voici les portraits de vignerons et vigneronnes « Coup de Coeur ». Des adresses à mettre dans toutes les bonnes caves…
Les Agrions
Le domaine de La Bruge tient son nom d’un lieu-dit.
Mais ici, on l’imagine davantage sous les traits d’un Agrion de Mercure, une petite libellule bleue turquoise. Pour une fois, la rencontre se fait à tablée sur une terrasse de Saint-Remèze. A deux pas de la grotte Chauvet, on est bien « Chez Laurette ». Quentin Robert arrive avec sa bouteille. Sur l’étiquette, un Agrion attend de se poser dans notre verre. Liquide et bucolique, l’entretien débute en trombe. A l’instar du vigneron, l’élocution est décoiffante et la ponctuation à l’économie. Quentin nous guide ensuite jusqu’au domaine. Nous quittons le bourg ou se trouve la boutique du domaine pour nous retrouver devant le portail de la cuverie. Le soleil nous réchauffe le coeur autant que les vins de Quentin.
Chacun son jardin
Ils sont deux frères, Mathieu et son cadet Quentin pour une quatrième génération. C’est Mathieu qui rejoint le premier l’aventure dès 2015. Un premier parcours proche de la nature et du sport. Guide dans les gorges, les trajectoires de son VTT épousent les oliviers comme nul autre. Il se consacre naturellement à l’oléiculture. Ici, la polyculture est une tradition, elle dessine le paysage ardéchois. Le domaine de La Bruge couvre trois hectares d’oliviers et dix hectares de Lavandin. Quentin, plus taiseux sur le papier aspire à faire son vin. Il rejoint la structure familiale en 2021 et prend en main la partie vigne. Les deux frères peuvent compter sur leur père jeune retraité. Tout sourire, Quentin glisse : « Il passe plus de temps sur le tracteur qu’à la pêche. »
Et oui on boit du Côtes du Vivarais même au Guatemala !
La vigne à la vie
Quentin est de 1989. Il suit un cursus scolaire classique. Il valide un BTS à Montpellier puis une Licence viti-oeno à Dijon en biologie végétale. Le diplôme d’oenologue est en poche en 2012. Le temps est venu de se confronter au terrain. Un tour du monde viticole en neuf années a circuler entre Québec, Chili, bordelais et Suisse. C’est sans doute là, au domaine J.C. Angelrath que l’exercice du « sans intrants » fini par germer dans sa conscience. Dès son retour à Saint-Remèze, Quentin réduit la part au négoce pour lancer la bouteille. Le domaine sort ses premières bouteilles en 2022. Et puis, il y a le respect de la nature dans le nom des cuvées et surtout dans les pratiques.
Une vision et des questions
Amoureux de son terroir, Quentin ne mâche pas ses mots. A propos de ses Côtes du Vivarais,il lance « J’ai arrêter de faire des blancs ». Il prend des décisions et ne s’interdit pas des expérimentations. On pense à l’introduction du Plant de Brunel (hybride Grenache noir-Jurançon noir). Un cépage offrant peu de tanins, du fruit et de l’acidité. L’entretien est également l’occasion de goûter sur cuve un Ugni blanc. Quentin a une vision. Celle d’un vin fruité avec une belle tension.
Dans sa cuverie « puzzle » Quentin Robert tourne le dos à trop de modernisme
Fier d’être local
Il recherche « la fraîcheur des terroirs de Saint-Remèze. » Ce sont ses mots. Il vinifie aujourd’hui cinq hectares, et passe le reste entre cave coopérative et vente de raisins aux négoces ardéchois. Soit un un total de 21 hectares. Quentin préfère la pratique à la théorie. « La théorie, c’est imbuvable« tance t’il. N’apprend-t’on pas de ses erreurs?
Au final, ce sont 70 ares de Côtes du Vivarais pour deux cuvées et le reste classé en IGP Ardèche et Vin de France.
Bio petit à petit
Progressive, la conversion se déroule en trois temps ; parcelles après parcelles. Le domaine obtient la certification Bio
en 2023. Toutes les cuvées sont sans intrants, sans soufre. « Je n’étais pas parti pour faire des vins natures. C’est la dégustation qui a été déterminante ». Au domaine, les vendanges sont manuelles, l’élevage est 100 % en cuve ou amphore. La fermentation malolactique se fait sur toutes les cuvées. Au total, le domaine propose huit cuvées a travers dix cépages.
Une boutique et deux gîtes
Les Agrions, ce sont également deux gîtes.
Un au-dessus de la cuverie et un autre dans le village. Quentin habite sur place. La boutique existe depuis 2018. Le domaine excentré n’est pas adapté pour recevoir la clientèle. C’est dommage, car le panorama sur le vignoble vaut le détour. Charlotte son épouse s’occupe du commerce. Elle tient des permanences dans la boutique. Entre Côtes du Vivarais, huiles d’olives et huiles essentielles, il vous sera impossible de ne pas y trouver votre bonheur.
Reportage,
Stéphane Débarbouillé
Photographies,
Guillaume Baroin



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