« Prendre de la bouteille » sans la jeter à la mer…


Chaque samedi, Les Buvologues vous proposent de découvrir les origines d’expressions du langage courant qui nous viennent de la cuisine. Et cela ne manque pas de sel…

un cadeau pas empoisonné

« Jolie bouteille, sacrée bouteille » : quantité de chansons célébrant les libations citent la dive bouteille. Au Moyen Âge, le buttis, la gourde de cuir dans laquelle on transportait le vin, dérive du bas latin butticula, « petit tonneau ». L’expression prendre de la bouteille aurait pour origine une coutume antique : les Romains s’offraient des amphores pour fêter leurs anniversaires.
Prendre de la bouteille signifiait donc avoir accumulé plusieurs bouteilles! L’idée d’un bon vieillissement, d’une patine noble se retrouve dans le mot vintage, terme de mode issu du vocabu- laire œnologique, associé à l’origine à un millésime. L’expression est moins teintée d’admiration quand elle décrit une femme : « Elle n’a pas dû être mal, Mme Verdurin […] Évidemment elle commence à avoir un peu de bouteille », écrit Proust.

La bouteille est anglaise, yes sir!

John Lennon déclara un jour que « le rock français, c’est comme le vin anglais ». C’est pourtant en Angleterre, pays peu viticole, que le diplomate Sir Kenelm Digby inventa en 1632 la bouteille de vin moderne en verre fumé. Vers 1918, l’adoption du soufflage mécanique devient obligatoire en raison du grand nombre de souffleurs gazés et tués pendant la Grande Guerre. Un progrès pour les poumons!

Les rois du verre

Les gros volumes de champagne se parent de noms à rallonges de rois bibliques : NabuchodonosorMathusalem ou Jéroboam. Plus féminin, le nom de la dame-jeanne désigne cette grosse bonbonne enrobée d’osier que les marins emportaient sur les navires. On dit que la reine Jeanne, chassée de son royaume de Naples, alla se réfugier au xive siècle dans son comté de Provence. Surprise par un orage, elle trouva refuge chez un verrier qui, décontenancé, souffla si fort dans sa canne que la bouteille devint énorme. En réalité, ce contenant serait originaire de Dâmghân en Perse, une étape de la route de la soie renommée pour la qualité de son savoir-faire verrier. Dès le XVIII ème siècle, la dame-jeanne devient par dérision une allusion à un embonpoint, rapport à la panse ventrue de la bouteille. Mettre en bouteille, c’est d’ailleurs se moquer d’une personne et pas une référence à cet art charmant qui consiste à reconstituer un bateau miniature à l’intérieur d’une bouteille.

Extrait de
« 150 Drôles d’expressions de la cuisine qui ne manquent pas de sel »
avec l’amicale autorisation de l’auteure Marcelle RATAFIA

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Editions
317 pages, 12,90€

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