De mémoire beaujolaise, le pressoir à roue écureuil a toujours tourné dans le hameau des Sigauds à Odenas. Nicolas Boudeau y a remis le dernier en activité.
La mémoire du Brouilly
Nicolas Boudeau est un vigneron sincère et discret. Jamais un mot plus haut que l’autre. Après une première année pleine de fougue, ses cuvées se tempèrent et semblent éternelles. Elles sont bien à son image. Couronné du titre de meilleur gamay du monde en 2022 (article des Buvologues), nous le retrouvons aujourd’hui avec sa compagne Michelle pour la renaissance d’un évènement. Paul Champier du domaine Rolland-Sigaux faisait tourner son pressoir chaque année. Il était sa fierté. Avec son départ, cette tradition s’est interrompue plus de 4 ans.
Enfin, l’an passé, Michelle sa fille et Nicolas Boudeau le relancent, mais à huit clos. Ce pressoir n’a pas d’âge. Sachant que la date de 1771 est gravée sur le porche d’entrée, on lui attribue plus de deux siècles. Amusée, Michelle nous confirme que le domaine fut construit en même temps que le château de La Chaize. Aujourd’hui le pressoir pneumatique est exceptionnellement relégué au fond de la cuverie debranché,il fait place au chêne, à la corde de chanvre et aux muscles.
Une fête familiale
Il fallait bien préparer le réacteur du domaine.
Tout est d’origine ou presque. Il faut renforcer le tablier et reprendre le hauban tous deux fragilisés. Avant de reprendre du service, un arrosage quotidien du tablier est nécessaire pendant quinze jours. L’objectif est de regonfler le bois pour éviter les fuites. La cinquième génération est là avec Valentin en cours d’installation. Il encadre la joyeuse troupe de sept bénévoles préposée au pressoir. Le dresscode est de rigueur avec un t-shirt orange.
Il est 14h, les visiteurs arrivent. Parmi eux d’anciens vendangeurs comme Jean-Bernard, un bressan qui fête ici son trentième Brouilly. Et puis, de nombreux enfants sont là. Un moment familial, histoire de bien transmettre aux générations de demain. Nicolas Boudeau a enregistré une centaine de réservations pour l’évènement.
Nicolas à l’oeuvre avant la seconde presse
Pressurée à l’ancienne
Après quinze jours de macération, il est temps de vider la cuve et d’alimenter le pressoir. Une vendange de quatre tonnes de raisins avec déjà 20 hl de jus isolés en cuve. Le millésime est magnifique mais le jus se fait rare cette année. Avec cette presse, Nicolas espère sortir 10 hl supplémentaires. Les visiteurs n’en perdent pas une grume. Les premiers écureuils actionnent la roue. Bénévoles et visiteurs se relaient.
Tout le monde peut participer. Pression oblige sur la roue, les plus légers débutent. La presse s’effectue en deux temps. Un premier serrage, puis une coupe à la hache et enfin un second serrage. Sous la tension, le bois craque et annonce la fin de la presse. A moins que ce ne soit la poutre transversale de la cuverie qui soit soulevée. Il faut bien la surveiller. Le jus coule en continue par le bec du pressoir. Une pyramide de gobelets permet aux visiteurs de goûter le fameux paradis.
« Pierreux » à l’honneur
Cette année, Nicolas Boudeau confie au pressoir musculaire un de ses plus beaux parcellaires. Le Brouilly « Pierreux » en lice pour les futurs premiers crus. Après l’effort, le réconfort.
Une dégustation de millésimes ancien conclut notre visite. La sommelière du jour n’est autre que Marie-Claude Champier. Elle écoute avec intérêt nos commentaires. Et à travers elle, on se remémore la silhouette de Paul au milieu de la cour, ou encore le plateau de gougères encore chaudes lors d’une visite à l’improviste. Le sens de l’accueil comme seul les Boudeau savent le faire.
Nicolas prévoit même un kit de survie pour les fidèles clients qui quittent le caveau. Un saucisson à cuire, un sac de gène et une bouteille de paradis. Qui ne connaît pas la recette, ne connaît pas le Beaujolais ! Le vigneron lance la dernière et bonne nouvelle : » On peut sortir de derrière les fagots quelques vieux millésimes, notamment à partir de 2009 « …
Le genre de journée qui reste à jamais dans votre mémoire.
Reportage & photographies,
Stéphane Débarbouillé![]()
Michelle et Nicolas à l’abri des regards sous leur tonnelle de vigne
Petite ronde de millésimes…
Brouilly « Pierreux » 2019
Gourmand et sirupeux. Une caresse pour le palais. Une fruit croquant sur la pulpe. Quelle harmonie, quel vin équilibré ! Coup de coeur
Brouilly cuvée «grain d’exception » 2015
On vous parle d’un temps antérieur aux parcellaires. Mais déjà avec le souci d’une sélection de raisin. Un nez graphite et fruit noir. Une robe intense et une bouche qui s’étire en longueur. Des amers d’écorces et de la réglisse en fin de bouche.
Côte de Brouilly 2005
Une robe évoluée que l’on retrouve en bouche sur le sous-bois. Au palais, un vin avec une belle matière, le tout tenu par des notes épicées. Le poivre final relance le vin.
Premier sous le bec du pressoir : Valentin Boudeau
Côte de Brouilly 2003
Des notes de champignons et de sous bois accompagnent le fruit. L’effet chaleureux du millésime est évitée. Une fine acidité accompagne le vin jusqu’en fin de bouche.
Brouilly 1995
Coup de 
Un nez fumé expression du terroir, avec des petits fruits rouges macérés. Beaucoup d’élégance et de finesse. Une bouche simple mais diablement sensuelle. On en redemande.
Brouilly 1990
Un nez herbacé. Une évolution palpable mais naturelle au final. Ce vin vit ses dernières heures.
Brouilly 1985
On retrouve les notes fumées. Et puis un pain gourmand avec ça une cerise infusée. Une impression de croquer dans une tarte pralinée. Le plaisir appelle à se resservir. En sorte, une fin de vie heureuse.






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