Cette famille racinaire de Chitry qui travaille la vigne depuis plus deux siècles fait partie de ceux qui ont porté l’appellation Bourgogne Chitry. Cela méritait une verticale, non?
Viticulteurs polyculteurs
En 1950, alors âgé de 14 ans et le certificat d’études en poche, Edmond Chalmeau rejoint ses parents Aimé et Marie-Rose en tant qu’aide familial. Dans les années 60, alors que l’exploitation couvre seulement quatre hectares de vignes, ils choisissent de valoriser la production viticole. Et se lancent dans la vente en bouteille plutôt que de vendre leur vin en vrac, ce qui était la norme chez les viticulteurs de cette appellation qui ne s’appellera Bourgogne Chitry qu’en 1993.
En 1964, Thérèse quitta son vignoble natal de Beaune pour épouser Edmond et son métier. Progressivement, le vignoble gagna du terrain sur les céréales et les cerisiers. En 1972, le premier Chablis rentre dans la cave. En 1978, orges et colza sont moissonnés pour la dernière fois. Dans les années 90, seul un verger d’arbres fruitiers devenu familial est conservé.
La vigne est devenu le socle des Chalmeau.
les freres chalmeau, Franck (a gauche) et sébastien vous attendent dans leur cave de verre FERME!
Au nom du père
C’est en 2003 que Sébastien revient sur les 18 hectares du domaine familial après un stage chez Thierry Martrot à Meursault puis à Sancerre chez Bailly-Reverdy. Son frère Franck, de quinze ans son ainé s’était déjà installé en 1991 après des études au lycée viticole de Beaune. Portés sur la technique vinicole où ils appliquent la lutte raisonnée, le duo poursuit en cave les élevages longs initiés par ses parents.
Les Bourgogne Chitry dans leurs trois couleurs passent entre 15 et 18 mois en tonneaux (sauf pour le rosé de pinot gris) mais sans mettre beaucoup de fûts neufs. Dès 2004, à l’instar de la cuvée « Les Trameurs », les parcellaires sont mis à l’honneur. Les frères vendangent à la machine ou à la main depuis 2012 suivant les appellations que Sébastien vinifie ensuite entiérement en levures indigènes.
En dignes héritiers de leur papa, discret mais toujours actif, ils n’ont pas ajouté leurs prénoms à côté du père mais ceux des filles de Sébastien.
Des particuliers choyés
La vente aux particuliers représente 75% dans une cave ouverte 7 jours sur 7! « Chez nous il y a des clients de père en fils » sourit Sébastien qui aime bien blaguer avec l’amateur de vin. Chaque année ce ne sont pas moins de 75 000 bouteilles qui partent de la mal-nommée rue du Ruisseau. C’est clairement une adresse de Buvologues. De celle que l’on se passe de bouche à goulot. « Le Chitry c’est un vin de copains construit sur le fruit, digeste et de bonne garde ». On est d’accord.
Et c’est tout sauf un problème pour Les Buvologues.
Reportages et photographies,
Guillaume Baroin![]()
le domaine et la maison familiale sont situés à l’ombre de l’église de chitry le fort
Bourgogne Chitry
« Les Trameurs »
Cette cuvée « Signature » est produite depuis le millésime 2004. A elle seule, elle représente près de 10% du domaine. Ce terroir de 1,5 hectare est posé sur des fossiles marins du kimmeridgien et des marnes blanches. « Toutes les amonites de la cave viennent de là! » précise Sébastien. Les Chalmeau viennent d’en replanter 40 ares qui entreront en production en 2021. Les raisins sont 100% égrappés et sont entièrement élevé en fûts de chêne dont 5% de neufs. Enfin la mise en bouteille s’effectue après 16 mois.
2020
Bien que prélevé sur cuve, ce vin a terminé ses fermentations mais va encore passer quelques mois en masse. Son jus violon évoque un gamay. Une note de racine de rose, de bulbe de pivoine apparait. Le jus est frais porté par un jus pimpant de cerise rouge. Sa digestibilité toute en finesse met le palais en attente. Une promesse que le temps tiendra. ![]()
2019
Ici, sa robe claire évoque les pinots noirs alsaciens. Son parfum toujours frais semble assis sur une pierre de roche. Le jus est lisse, courtois. Sa fine salinité affiche déjà le terroir. Mais il lui manque du fond pour vieillir loin. ![]()
2018
Le rubis de son corps éclate sous un nez d’orangette au chocolat. Le jus est vineux corseté par des tanins allongés par des épices fraîches (poivre vert). Sa finale solaire vient de son rendement équilibré. « Il y avait moins d’acidité » glisse Sébastien. Une cuvée de repas pour une viande mijotée. ![]()
2017
Du poulsard jurassien il a pris le costume. Son nez complexe de sous-bois accompagne la fraise des bois. Sa matière de pulpe de prune exprime la chair enveloppante du fruit. Son fond minéral est acquis. On peut le partager comme l’attendre encore une à deux années. ![]()
2016
Grêlé à 100%… « On aurait pu vendanger les cailloux » lâche ironiquement le vigneron.
2015
Sa robe semble ne pas avoir pris de plis avec le temps. Son jus est charmeur. Il suit un nez ouvert sur les cerises mûres, le clafoutis… Complètement en autonomie, il restitue la plénitude du lieu et du temps. A boire ou à conserver encore autant. ![]()
2014
Sa robe légère et tendre est dans l’esprit du millésime. La caractère végétal de l’année s’exprime dès le nez. En bouche, il reste sec et manque de structure. Un « On a peut-être coupé trop tôt… » de Sébastien clos la discussion.
2013
Sa couleur fine commence à tourner à la brique anglaise. Si son nez vieillissant passe du côté champignon et humus sa texture est un sommet de finesse et de digestibilité sur la gelée de framboise. A boire.
2012
« On à récolté manuellement en petites caisses et on est passé en levures indigènes à partir de cette année » explique Sébastien. C’était tellement bon que tout à été bu et vendu. Il n’en reste même plus dans la vinothèque familiale. Dommage.
2011
Dix ans et toujours cette robe d’enfant! Sacré millésime. par contre le nez est peu engageant car développant un coté végétal. Heureusement sa bouche charnue rattrape le nez même si elle reste courte. Récolte manuelle en grosses caisses.
2010
La robe tuile sur l’orangé tandis que le nez file tanner le cuir et ramasser les trompettes de la mort. Sa saveur est fluide, digeste et conserve cette trame fraîche qui rappelle ses racines. Quand on sait que c’est la dernière année des vendanges machines c’est plutôt très réussi. Nous terminons heureux dans un grand silence de convivialité.
Les vins ont été dégusté au domaine le 16 décembre 2021 en compagnie de Sébastien Chalmeau. Le domaine reçoit tout les jours mais de préférence sur rendez-vous les week-end.


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