« Mettre son grain de sel » : cela ne manque pas de piquant !


Chaque samedi, Les Buvologues vous proposent de découvrir les origines d’expressions du langage courant qui nous viennent de la cuisine. Et cela ne manque pas de sel…

Mauvais pour la tension mais délicieux avec le radis-beurre, le sel saupoudre quantité d’expressions sapides. Il donne de la valeur et du sens : on parle ainsi du sel de la vie, ou de quelque chose qui ne manque pas de sel ! Exhausteur de goût, le sel est aussi un conservateur redoutable. Ne dit-on pas se transformer en statue de sel ? Jusqu’au VIème siècle, on parla de « civilisation de sel » dans le Sahara lybien : ces cristaux blancs comme des diamants y constituaient une monnaie. En France, ce grain cristallin a d’ailleurs été appelé « sel gemme ». À Rome, les soldats en recevaient chaque jour une poignée en guise de salaire, le salarium en latin, formé sur sal, le « sel » !

En 1331, Philippe VI avait instauré la gabelle, un impôt sur le sel, qui fut à l’origine de nombreuses révoltes et d’autant de trafics. Denrée indispensable à la conservation d’aliments courants tels que le fromage, le poisson et la viande, le sel était vendu à un prix prohibitif au profit du roi et lourdement taxé. Enfermé dans des dépôts surveillés par les détestés gabelous, le sel ne pouvait être vendu qu’avec leur autorisation. Pour contourner ce tribut, certains pratiquaient le « faux- saunage », la contrebande du sel, malgré la menace des galères ou d’une pendaison.

Si les Anglais ont leurs héros hors-la-loi tels que Robin des Bois et Dick Turpin, le bandit de grand chemin, on chérit en France la mémoire du brigand Louis Mandrin, le « prince des contrebandiers ». En 1754, ce révolté déjà condamné déclare la guerre aux fermiers généraux, les collecteurs de gabelle et de taxes, dans le Sud-Est de la France. Très populaire auprès de la population locale et même d’une partie de l’aristocratie – que l’on sait concernée depuis toujours par les problèmes de fisc –, il entra dans la légende pour avoir mis son grain de sel dans cette affaire. La gabelle, elle, sera supprimée sous la Deuxième République.

Au XX ème siècle, l’expression avec un grain de sel apparaît. Traduite du latin cum grano salis, elle fait son apparition en langue française pour indiquer la contribution de quelqu’un dans une affaire. Aujourd’hui, mettre son grain de sel conserve le même sens mais n’exclut pas une pincée d’ironie.

Extrait de
« 150 Drôles d’expressions de la cuisine qui ne manquent pas de sel »
avec l’amicale autorisation de l’auteure Marcelle RATAFIA

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Editions
317 pages, 12,90€

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