Foillard est un nom qui parle à tout amoureux de Morgon. A présent, il compte également pour les Brouilly.
L’école de la vigne
Alex en bon fils de Jean, est un véritable self-made man. Ce Foillard est un ovni difficile à cerner. D’un abord discret, c’est pourtant rarement le dernier à quitter une soirée. Imprenable au ski nautique ou sur le lexique de Bobby Lapointe. Pour le saisir, il va falloir se contorsionner. C’est sans doute pour tempérer cet esprit libre que ses parents l’incitent à se former en dehors du Beaujolais. Ce sera donc un Bac sciences et technologies de l’agronomie et du vivant (STAV) à Montpellier (site Agropolis). Puis en 2012 un BTS viti-oeno à Beaune en alternance au domaine Pieuré-Roch. Alex Foillard, n’a pas froid aux yeux et pour parfaire son anglais, il décide seul de changer d’hémisphère. Nous n’avons pas pu en juger sur pieds, mais partout où il passe, Alex avec son flegme ne laisse personne indifférent.
Faire son propre chemin
C’est donc le départ pour l’Australie en 2014 dans le domaine biodynamique de Cobaw Ridge. Le hasard veut qu’il y retrouve un vignoble sur granite comme en Beaujolais. Il rejoint son père un an plus tard puis s’autorise un dernier break de trois mois au Japon dans un collectif de 10 vignerons où chacun fait son vin. Alex apprécie la purisme japonais. C’est le retour définitif dans son Beaujolais en 2016 avec l’achat de deux hectares de vignes. Elles sont partagées équitablement entre Brouilly sur le secteur de « la Folie » et Côte de Brouilly « Chavannes ». Alex signe son premier millésime en 2016.
après Morgon et fleurie, le nom des foillard s’imprime sur les brouilly
Une saison de culture profonde de ses parcelles s’étale entre 2017 et 2019. En bon terrien Alex lance : « Faut bien commencer à habituer les sols, par gratter. Il faut 5 ans pour que tout se mette en place. Curieusement les rendements ont plus chuté dans les Côtes, plus jeunes ». Les vieilles vignes subissent moins le changement de culture. Du coup, il doit rebrocher la troisième année. Il complète pour ne pas dire double sa production avec l’achat de raisin. Il conclue en ajoutant : « s’il y a pas la qualité, j’achète pas! »
Du Brouilly dans les caves de Morgon
Dès 2016, Alex récupère l’ancien cuvage de son père et la cave sous la maison familiale. La structure de Jean Foillard est bien séparée physiquement, même si les deux mutualisent le matériel. Ici, c’est un peu la CUMA Foillard. En 2021, Alex acquière finalement une maison avec 5000m2 de Fleurie. Mais, là encore, il ne les vinifie pas, pour ne pas être en compétition avec son père. Il lui revend d’ailleurs la vendange.
« L’idée de départ : ne pas avoir les mêmes crus que mon père.«
Alex Foillard, vigneron parricide
Alex reste salarié à plein temps chez son père. Sa femme Fanny le rejoint en 2017 sur la partie administrative. Pour cela, elle valide un BP rea à Davayé. « La première année, elle avait deux ans de boulot » s’exclame Alex en souriant. Fanny a une formation en sommellerie. Elle travaillait d’ailleurs à l’Ô des Vignes chez Sébastien Chambru à Fuissé. Comme elle sait de quoi elle parle!, elle se charge des dégustations même si le foyer s’est agrandit avec l’arrivée de Léon en 2022.
Une entrée et deux plats
La collection d’Alex se résume à trois flacons. On apprécie le Beaujolais Villages, facile mais avec des arguments. Côté cru deux approches : Le Côte de Brouilly élevé à deux tiers en béton et le reste en fûts. Pour le Brouilly, les proportions sont inversées. L’idée est de gagner en fraîcheur sur le premier et en fond sur le second. Aucune certification n’est revendiquée pour le moment. Une recette classique, avec macération carbonique, en grappes entières et levures indigènes. Pas de soufre sauf en cas d’accident. Chez Foillard, il n’y a pas d’interdit. Constat général, Alex signe avec 2024 sa pire année à la vigne. Une pluviométrie avec des traitements impossibles sauf à dos d’homme. Une année décoiffante.
Pas de site internet et une distribution résolument tournée vers les cavistes et restaurateurs. Alex participe à quelques salons professionnels : Bien Boire en Beaujolais, « le vin de mes amis » à Pau et Montpellier, « Les pénitentes » à Savennières et le Salon du vin au Nord » à Lille.
Mais sa porte reste ouverte, de préférence sur rendez-vous.
Reportage & photographies,
Stéphane Débarbouillé![]()
Dégustation
Voici une dégustation des millésimes encore disponibles chez les cavistes et respectant l’ordre choisi par le vigneron.

vins rouges
Beaujolais Villages 2023
Un nez vif sur la cerise fraîche et une acidité qui s’étire jusqu’au fond du palais. La finale est salivante. Un joli « pétard » pour ouvrir le bal. 16€
Côte de Brouilly 2022
On retrouve la cerise noire dès le premier nez. Un milieu de bouche avec des amers. Le fruit est encore bloqué au fond du verre. Il est urgent d’attendre. La fin de bouche avec des épices n’a pas atteint son plein équilibre. 25€
Brouilly 2022
Une robe plus sombre que le Côte. Sa pointe de réduction disparaît après deux tours de verre. Le nez poudré offre un fruité intense. La bouche est plus ample tant en largeur qu’en profondeur. Une personnalité avec des tanins soyeux. 25€
Brouilly 2021
Coup de 

On retrouve cette légère réduction puis un fruit au contour plus épuré. Beaucoup de fraîcheur pour un vin délicat et complexe. Des notes florales, puis d’agrumes sanguines arrivent. On croque le pépin. De la finesse et du pep’s! 25€
Brouilly 2019
Un nez plus effacé. Le fruit laisse la place à des notes florales de violettes. Un millésime en place avec de la force en fin de bouche. Le genre de vin sérieux que l’on ouvre par anticipation. 25€
Brouilly 2018
Nez riche avec des fruits très mûrs. Bel équilibre entre gras et tonicité. Le vin conserve une trame acide avec une belle droiture en bouche qui se termine en douceur. Une surprise sur un millésime solaire. 25€
Les vins ont été dégustés le 9 juillet 2024 au domaine. Prix TTC départ cave. Dégustation sur rendez-vous.

38, chemin du Clachet
69810 Villié-Morgon
Port. : (+33) 06 76 48 47 95
alex.foillardviti@gmail.com

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